Éducation ou maltraitance ?

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Cours de soutien, séance de révision, devoirs, piano, danse, sport, arts martiaux… l’année scolaire ressemble à une tornade.

De nos jours voilà à quoi ressemble un emploi du temps d’un enfant de 6 à 12 ans… il est lourd.

Le lundi, après l’école, goûté avalé, il a un cours de soutien en maths, ensuite il fait ses devoirs. Le mardi, bien entendu, il perfectionne son anglais, sans oublier les devoirs. Le mercredi, c’est la classe le matin et karaté, cours de soutien et devoirs l’après-midi. Le jeudi, le champion va chez un prof de piano après l’école et les devoirs l’attendent au retour. Le vendredi, il reste à l’école après la classe, pour s’initier à l’informatique. Le samedi il a droit à une grasse matinée mais à 10h00, un prof vient pour un cours de soutien, l’après-midi c’est son cours de tennis et enfin les incontournables devoirs. Dimanche il fait de l’équitation, va en sortie avec les parents, de retour à la maison une séance de révision s’impose.

L’enfant est épuisé ! Qui s’en étonne ? Pourtant, pas question, d’alléger son emploi du temps. « Non, se défendent les parents, on n’a pas l’impression de le surcharger. Nous faisons simplement notre devoir, celui de tous les parents, qui consiste à donner à nos enfants le maximum d’atouts pour réussir et être à l’aise partout ».

Cet exemple n’est pas exceptionnel ! Nos enfants sont les plus gros consommateurs d’activités. Ce n’est que le reflet de l’énorme pression exercée par le discours autour de la « bonne » parentalité.

Mais on s’étonne lorsque l’enfant devient, instable, agité, déconcentré, avec désintérêt scolaire, baisse de rendement, voire dépression… On ne comprend pas car on se dit qu’il n’y a pas de raison puisqu’il fait des activités sportives, artistiques etc., ça devrait le détendre. Lui a-t-on demandé son avis avant de lui infliger ce bourrage, écoute-ton ses souffrances ?

De nos jours, on est persuadé que pour être de « bons » parents, il faut s’occuper de ses enfants, les éveiller, leur donner le maximum d’armes, d’outils, d’atouts pour se défendre, dans une société que l’on considère chaque jour plus incertaine que la veille. Les parents sont inquiets devant cet avenir qu’ils ne déchiffrent pas. Ils ne savent pas à quoi le monde va ressembler. L’univers du travail le démontre tous les jours, pour réussir, il faut être polyvalent, touche-à-tout, souple. L’accumulation des compétences est un gage indispensable de réussite.

Dans notre société hyper stimulée. On a oublié que le rêve et l’ennui sont indispensables à l’enfant et qu’il est parfois bon de ne rien faire. Le rêve est une activité d’une haute vertu éducative. S’ennuyer est perçu comme un défaut. Celui qui s’ennuie est forcément un perdant, incapable d’occuper son temps de façon constructive. Le terrain vague, le jardin intérieur, la non-activité sont des mots qui effraient.

Mais dans cette course on a tendance à occulter que la société devient de plus en plus malade. C’est normal à ce train qu’on fabrique de plus en plus de déséquilibrés !

Les temps morts sont pourtant bons pour développer l’imagination, la créativité. C’est un temps qui n’appartient qu’à l’enfant et lui permet de s’organiser seul, selon son désir, sa sensibilité. Il développe sa spontanéité.

Mostafa Massid
Docteur en psychologie clinique et pathologique

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