Le comportement dit plus long que la parole

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Voilà ce que l’homme veut transmettre comme message à sa femme mais par fierté ou manque de courage n’ose pas. Il le dit par des réactions qui sont le plus souvent dictées par un sentiment d’incompréhension. À tort ou à raison, toujours est –il que le langage non verbal est bien difficile à décoder, car souvent incohérent.  Il arrive qu’on dise non pour dire oui, réagir agressivement, fuir ou se replier parce que l’on n’a pas appris à être proche de ses émotions.

Chère épouse,

Tu sais, nous les hommes, nous pouvons donner l’impression d’être compliqués mais pas plus que tous les mortels. Derrière nos comportements il y a tellement de choses à comprendre. Et si toi et toutes les femmes, voulez bien aller à la découverte de l’individu, en vous frayant un chemin à travers les sillons de nos réactions, vous trouverez des réponses à toutes les questions qui vous tracassent, et verrez bien que toute la masse du mâle n’est qu’une armure qui renferme combien d’émotions contradictoires , que lui-même a du mal à concevoir.

Eh oui au-delà  de toute apparence il y a certaines vérités.

En premier lieu, saches, ma chère, que tout homme quels que soient sa taille, ses origines, ses croyances ou son caractère, a une peur consciente ou non de la femme sur terre. Mes semblables refusent de l’admettre et diront le contraire, je voudrais bien ne plus me taire pour tenter d’apporter une contribution qui favoriserait nos relations. Si on réfléchissait  juste un peu, on finira par me donner raison.

Si l’homme fut le premier humain de sexe masculin, la femme a été créée à travers lui et pour lui, afin de perpétuer l’espèce. Déjà on peut  saisir de cette sagesse, pourquoi la femme fut dotée de finesse et de bien d’atouts de séduction. Et dès son apparition, l’homme se laissa envahir par ses pulsions. Pour les satisfaire il pouvait tout faire jusqu’à commettre le péché originel qui les expédia tous deux sur terre. Un peu plus tard leur fils commit le premier homicide en tuant son propre frère pour garder à lui seul la sœur qui suscitait son excitation.

Imagine ma chérie, que rien ne se perd et que ce capital si archaïque soit-il,  se trouve logé si bien en nous, et siège dans notre cerveau reptilien. Depuis lors la peur se manifestait de plusieurs façons par le biais des réactions. L’homme alors, usa de sa force de domination.  Pour lui, il fallait contrôler la situation en obligeant la femme à la servitude et la soumission. Pendant des millions d’années, il réussit tant bien que mal à faire régner son autorité de mâle viril et puissant, si bien que la peur se fit si petite presque inexistante qu’elle laissa place à l’égoïsme, l’orgueil et le désir d’exploitation. Vint l’ère des études, l’écriture et la réflexion. Que de pensées, d’analyses et d’interprétations pour tenter de dénouer l’énigme en question. Jusqu’à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème où l’œdipe fut dévoilé par des hommes qui ont osé défier les tabous et interdictions. Là encore les tentations provoquées par la femelle d’antan,  eurent pour effet le meurtre du père par son propre fils pour s’approprier sa mère dans la dépravation.

Au début l’homme tomba sous le charme de la femme et défia Dieu en ignorant Ses recommandations. Ensuite le jeune osa décimer son propre frère pour s’emparer seul de l’objet de son excitation.  Et le comble, celui qui alla jusqu’à éliminer son père pour prendre sa mère sous l’emprise des plus viles pulsions

Tous ces faits et bien d’autres encore ont généré la peur autant chez l’homme que chez la femme, chacun se méfiant de l’autre avec exagération.  Quoi de pire pour installer la discorde, les tensions, entrainer la vengeance  à travers bien de stratagèmes et de machinations

De l’homme et la femme, le plus fort n’est pas celui qu’on pense et le mâle par son orgueil exacerbé refusa de reconnaitre son ignorance. Tandis que la femme, de sa faiblesse elle prit conscience du terrible pouvoir dont elle disposait pour mettre l’homme dans toute sa puissance dans des situations qui gâchaient son existence.

L’homme finit par abdiquer et sous couvert de l’émancipation consentit à restituer de droit, à la femme, la place que lui confère les lois. On estima que cette raisonnable initiative viendrait enfin réconcilier les sexes et permettre une coexistence  moins nocive. Mais ma chère, c’est sans compter l’inconscient  qui du reptilien provoque les anciennes réminiscences, les conjugue avec les croyances et l’éducation, pour entretenir la peur et empêcher de traduire les théories en applications.

Ce discours aussi satirique qu’il puisse te paraître, si tu veux bien,  ma chérie y réfléchir t’aidera à comprendre mon fonctionnement  et  également le tien car tout est lié, il n’y a pas d’effet sans causes et tout écho est le produit d’une résonance sans aucune illusion.

Même si ça peut paraître confus, mon amour pour toi n’est jamais remis en question. N’en doute pas, c’est bien au contraire ce sentiment qui est à la base de toutes ces interactions.

C’est bien fou mais la réalité est là, nous nous aimons cependant chacun de nous a peur de l’autre sciemment ou inconsciemment. Cette ancienne peur bien enfouie, de sa cachette nous manipule en nous armant de divers comportements chacun selon sa nature et son éducation.

Au lieu de chercher des résolutions à ne plus en finir, pourquoi n’emprunterions nous pas le plus court chemin vers une plus sure réconciliation. Parlons de nos peurs plutôt que de nos armes que nous brandissons avec force pour l’impression et l’intimidation.

Vous autre femmes, quoiqu’il en soit vous avez su apprivoiser vos peurs, vivre avec et en faire l’instrument stratégique contre offensif  et  voire même de persuasion. Alors qu’en refusant nos peurs par une présumée virilité, nous les hommes réagissons mal en nous entrainant dans de désagréables situations. Et sans nous rendre compte nous transmettons nos erreurs à notre progéniture et future génération pour perpétuer encre  cette fâcheuse situation

Crois-tu que je sois insensible à tes souffrances, ta tristesse et tes malheurs ? Pas du tout, j’en subis toute la douleur que malencontreusement ma fierté se plait à refouler pour ne pas perdre une dignité illusoire  qui aveugle ma conscience et ma raison. Or la dignité la vraie est celle qui dicte le bon sens dans la tolérance et  la compréhension.

Voilà ma chérie, je veux que tu saches qu’à travers tout cela  mais aussi à travers mes comportements passés et à venir aussi incohérents soient-ils, il y a un appel de détresse. Je demande ton aide, pour moi, pour ce que je suis, un être qui à son insu se laisse envahir par des peurs enfouies qui font de ses réactions un amalgame de comportements aussi irréfléchis qu’incohérents.

Pour moi, pour toi, pour nous et pour notre espèce  ne te fie pas aux réactions, essaye d’écouter mes émotions et de te saisir des plus belles d’entre elles pour faire de notre amour l’outil de notre félicité et notre épanouissement.

Article paru sur le magazine CITADINE n° 174 de mars 2012

Mostafa Massid
Docteur en psychologie clinique et pathologique

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